Gérard Grisey
France (1946 - 98)


L'engagement sans faille de Gérard Grisey dans le mouvement spectral s'accompagne d'une volonté de perfectionnement continuel de son langage. La transformation d'un son en un autre ou le passage d'un état à son opposé - qu'il nomme « processus » – fait partie des éléments prédominants de son écriture, qu'il affirme dès ses premières œuvres (Dérives pour petit ensemble et grand orchestre, 1973-74 ; Partiels pour ensemble, 1975). Cette immersion au cœur du phénomène sonore se caractérise par une lenteur et une forme de continuité du discours. Talea pour cinq musiciens (1985-86) apparaît comme un tournant stylistique, par l'emploi de figures rythmiques rapides qui permettent au compositeur d'explorer des possibilités de rupture et de développer un potentiel dramatique. Bien que fréquentielle, l'harmonie utilisée par Gérard Grisey n'exclut pas une forme de séduction sonore, laissant deviner l'influence de ses maîtres Olivier Messiaen et Henri Dutilleux – notamment au niveau de l'orchestration.
Pensionnaire de la Villa Médicis à Rome (1972-74), Gérard Grisey suit également l'enseignement de György Ligeti, Karlheinz Stockhausen et Iannis Xenakis à Darmstadt. Les cours d'acoustique d'Émile Leipp à Paris VI (1974-75) poseront les fondements de son approche scientifique du phénomène sonore. Gérard Grisey prend part à la création de l'ensemble L'Itinéraire en 1973 et enseigne à l'Université de Berkeley (1982-86), puis au CNSMD de Paris (à partir de 1987).
Musica a notamment présenté en création française Le Noir de l'Étoile (1991), L'Icône paradoxale (1996) et les Quatre chants pour franchir le seuil (1999), ultime œuvre du compositeur.