Only the sound remains

Plus qu’un opéra, Only the sound remains est une rencontre entre l’univers du théâtre nô japonais et la scène contemporaine. Sous la forme d’un diptyque fondé sur deux pièces traditionnelles, Tsunemasa et Hagoromo, Kaija Saariaho orchestre une traduction et un dialogue entre les cultures tout en mettant à profit son intérêt nourri depuis près de quarante ans pour la culture japonaise, ses instruments et leurs modes de jeu.

Cette écriture de la pluralité est portée à la scène par une formation musicale inédite : « Je me suis lancée le défi d’écrire un ouvrage intime pour une grande salle, nous dit la compositrice, avec une instrumentation restreinte qui comprendrait des flûtes pour prolonger le souffle humain et le chant des oiseaux, un kantele — un instrument traditionnel finlandais pour lequel j’avais envie d’écrire depuis longtemps — qui incarne l’instrument magique de la première pièce, des percussions, ainsi qu’un quatuor à cordes — ensemble particulièrement riche qui permet de couvrir une large tessiture. Mon but était d’écrire une musique raffinée et bien définie qui respire dans l’acoustique d’une grande salle. »

Les parties vocales du contre-ténor polonais Michał Sławecki et du baryton américain Bryan Murray, mais aussi d’un quatuor issu du chœur barcelonais Orfeó Català, sont mises en regard d’une mise en scène de l’évidement et de la soustraction propre au théâtre nô, où le redoublement des personnages est incarné par l’un des meilleurs représentants de la danse japonaise, Kaiji Moriyama. Outre la réinvention d’une forme ancienne, Kaija Saariaho et le metteur en scène Aleksi Barrière ont recherché ce qu’au Japon l’on nomme le « yûgen » — le mystère invisible du monde que la beauté fait affleurer sans le brusquer, comme peut le manifester l’art des jardins — et le « yo’in » — terme qui exprime les idées de résonance, d’arrière-goût ou de souvenir lancinant.

Les deux pièces dramatiques à l’origine de l’ouvrage, Tsunemasa et Hagoromo, sont issues d’une adaptation réalisée par Ezra Pound durant la Première Guerre mondiale. Le poète américain ne maîtrisait pas la langue japonaise ancienne, mais la fascination grandissante en Occident pour le pays du Soleil-Levant et sa découverte des travaux du japonologue Ernest Fenollosa disparu en 1908 le conduisit à adapter et publier quinze pièces du théâtre nô traditionnel à partir des traductions anglaises de ce dernier. Cet acte d’interprétation littéraire fondé sur la croyance d’Ezra Pound en l’importance fondamentale de la traduction pour le renouveau de l’art et de la société influencera le théâtre occidental durant plus d’un siècle. Sous l’influence d’Aleksi Barrière, la notion de « traduction », aussi bien comme pratique, comme méthode et comme éthos apparaît ainsi mise en abyme dans Only the sound remains, comme elle transparaît également dans le dernier opéra de Kaija Saariaho, Innocence, créé au Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence en 2021, à travers l’utilisation de neuf langues différentes.

À propos des deux récits qu’elle a choisi de mettre en musique, et qui prennent ici les titres Always Strong (Toujours fort) et Feather Mantle (Manteau de plumes), la compositrice dit : « D’une certaine façon, toutes les pièces du théâtre nô racontent la même histoire : la rencontre de l’humain et du surnaturel. Mais il n’en demeure pas moins que ces deux pièces sont très contrastées. La première est sombre et angoissante, elle finit dans les ténèbres et dans les flammes, alors que la seconde tend vers la lumière, vers la disparition de l’Ange dans les nuages. »

Tsunemasa est un guerrier qui après une mort violente au combat réapparaît dans un temple où il retrouve son luth. Le temps d’une nuit, il se remémore avec nostalgie les plaisirs terrestres et fait résonner une dernière fois son instrument. Hagoromo est quant à lui un pêcheur qui s’approprie un vêtement qu’il trouve suspendu à une branche. Une jeune nymphe lui demande alors sa restitution afin de regagner les cieux. Elle promet en échange l’offrande d’une danse.

première française de la nouvelle production

direction musicale | Ernest Martínez-Izquierdo
mise en scène | Aleksi Barrière
scénographie | Étienne Exbrayat
design sonore | Christophe Lebreton

contre-ténor | Michał Sławecki
baryton | Bryan Murray
danseur | Kaiji Moriyama

kantele | Eija Kankaaranta
flûtes | Camilla Hoitenga
percussions | Mitsunori Kambe

Orfeó Català
soprano | Mireia Tarragó
mezzo-soprano | Mariona Llobera
ténor | Matthew Thomson
baryton | Joan Miquel Muñoz

Quatuor Ardeo
violons | Carole Petitdemange, Mi-Sa Yang
alto | Yuko Hara
violoncelle | Matthijs Broersma


coproduction Tokyo Bunka Kaikan, La Biennale di Venezia, Palau de la Música
en collaboration avec Musica

© Tokyo Bunka Kaikan / Koji lida