Shakypunk, tremblant et agité
Claude Grétillat
Un caractère typographique libre de droits pour les Archives du punk en Alsace
Shakypunk n’a pas été prémédité. Shakypunk n’est pas non plus né d’un hasard ou d’un accident. Je me suis tout d’abord replongé dans la production typographique du punk anglais. La composition des pochettes de disques, affiches et flyers, était avant tout construite à partir de caractères découpés dans des tabloïds, qui rappelle les lettres de demande de rançon ou les missives anonymes. La réalisation la plus emblématique est peut-être God Save the Queen, le deuxième single des Sex Pistols. On est en 1977 et le graphiste Jamie Reid produit ici un concentré de l’esthétique punk, en se réappropriant les armes du collage dadaïste.
La même année, c’est à Manchester que ça se passe. Un autre jeune graphiste, Malcolm Garrett, s’empare d’un scalpel et de planches de Letraset, ces feuilles transparentes permettant de transférer des caractères sur le papier par décalcomanie à sec. Il va composer la pochette du mythique Orgasm Addict des Buzzcocks, qui sera accompagnée du troublant collage de Linder Sterling, une artiste débarquée de Liverpool. Malcolm Garrett réalise alors le logotype du groupe, en retravaillant le caractère Compacta, toujours emprunté aux lettres transfert Letraset.
Mais retournons à Londres, en 1976. Alors employé de banque, Mark Perry décide de créer Sniffin’ Glue, le premier fanzine punk. Le stylo-feutre, le stick de colle et la machine à écrire, deviennent alors le parfait outillage du graphiste DIY. Dans Sniffin’ Glue, les textes sont simplement frappés à la machine, assemblés en deux colonnes sur une page A4, puis rehaussés d’un titrage à la main en grandes capitales. Si le premier numéro, tiré à 50 exemplaires, est discrètement diffusé, le numéro 12 atteindra les 15 000 copies. Cependant, l’aventure ne durera pas plus d’un an… No Future
C’est après avoir décortiqué les pages tout en noir et blanc de ce fanzine emblématique, que j’ai sorti mes stylos-feutres. Tout le titrage de l’édition Punk im Elsass a été réalisé à la main. Les premières tentatives singeaient un peu trop les dessins de Sniffin’ Glue. Rapidement, le trait est devenu plus vacillant, plus tremblant.
Une fois l’édition aboutie, il m’est alors paru évident de réunir ces lettrages dans une version numérique. L’exercice fut alors plus laborieux et normé, les lettres étant dessinées séparément, sur une grille et dans les mêmes proportions, afin d’avoir un trait cohérent et homogène. Une « graisse », selon le jargon typographique. Mais une graisse pas toujours très bien foutue, Shakypunk est un agité qui se laisse difficilement dompter.
Shakypunk est peut-être sorti tout droit de la fosse d’un concert, né des vibrations d’un pogo qui débute. Le moment où le danseur maintient son torse raide, les bras rigides et les jambes rapprochées, chancelant, avant de se lancer dans une course folle et déjantée.
Shakypunk est ma réponse au projet d’archives du punk en Alsace, il est libre d’utilisation, à télécharger juste là en bas. À vous de le faire trembler.
Shakypunk is not dead.